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Le pays ciRi : En 1871, date de l’intrusion européenne dans cette partie de la Nouvelle-Calédonie, la région comporte plusieurs dizaines de tribus. Elle constitue alors une aire de cohérence socio-politique bien établie : le terroir ciRi. Bien qu’originellement organisée autour d’une chefferie centrale, la contrée apparaît alors sociologiquement composée de plusieurs grands clans autonomes, ayant chacun son organisation interne et son territoire. Liés entre eux par des liens économiques et matrimoniaux, ils feront preuve d’une redoutable unité face aux avancées de la colonisation.

Colonisation : Officiellement dénommée « Uaraï », la contrée est explorée, sur ordre du gouverneur Gaultier de la Richerie, au début de l’année 1871. Après Bourail, le gouvernement veut faire de cette région le deuxième pôle de colonisation pénale de Nouvelle-Calédonie. Un poste militaire est établi à Téremba, bientôt doublé d’un pénitencier. Face à l’aridité des lieux, le mouvement de colonisation s’orientera vers le Sud-Ouest, en direction des riches vallées alluvionnaires des rivières Fonwhary et La Foa. Dès 1873, un pénitencier agricole est implanté dans la petite vallée de Fo Gacheu, située à quelques kilomètres au sud de Téremba. Les premiers concessionnaires pénaux sont installés à partir de 1875 sur les rives de la rivière Fonwhary. À cette date, on commence à construire un pénitencier agricole à La Foa avec, dans les vallées environnantes (Méaré, Pierrat, Thia, Nily), la délimitation de sections de concessions pénales. La section La Foa urbain (l’actuel village) est également délimitée à cette date. Particularité de la région : le gouvernement veut y créer le premier pôle de « colonisation mixte » de la colonie en favorisant l’installation de colons libres aux côtés de concessionnaires pénaux.

Insurrection de 1878 : Cette volonté de favoriser deux types de colonisation provoquera un véritable duel entre administration pénitentiaire et colonat libre pour l’accaparement des terres, ceci au détriment des tribus existantes. La réduction et le bornage de leurs territoires respectifs, ajouté à d’autres causes plus ponctuelles (sécheresse, dégâts causés par le bétail des colons dans leurs cultures, etc..) provoquera la colère des clans du terroir qui se soulèvent à partir du 25 janvier 1878. Ce conflit qui s’étendra ensuite sur une partie du centre-ouest de la Grande Terre, durera environ un an et fera de nombreuses victimes, tant du côté des Européens que du côté des Insurgés. Pour les Kanak, les conséquences seront importantes : disparition de plusieurs tribus, confiscation de leurs terres, déportation des survivants, instauration de l’indigénat dans la décennie qui suivra.

1880 : les Indiens : Au lendemain de linsurrection, une importante quantité de terres se trouve « disponible », du fait de la disparition ou de la déportation des habitants originels. C’est le cas de Farino, de Tendéa, de la vallée de Sarraméa, de la vallée de la rivière La Foa ; Sur la rive gauche de celle-ci, on délimite, en 1880, plusieurs lots de cultures qui sont attribués à des Indiens. Appelés « malabars », ils sont venus dans la colonie comme main-d’œuvre, dans le sillage de sucriers bourbonnais. Une poignée d’entre eux se sédentarisera et fera souche dans la région de La Foa.

Premier conseil municipal
Premier conseil municipal

1883 : la première commission municipale. La continuelle augmentation de population dans la région d’Uaraï amène l’administration coloniale à y instaurer, en juillet 1882, une circonscription d’état-civil puis, l’année suivante, une commission municipale, mise en place par arrêté du 3 septembre 1883. Les premières élections municipales ont lieu le 28 octobre 1883, désignant trois colons libres pour former la nouvelle commission. Celle-ci sera présidée par l’un d’entre eux : Vincent Foussard, colon libre établi à Méaré.

1895 : les colons Feillet. À partir de 1895, sous l’impulsion du gouverneur Feillet, plusieurs familles de colons libres s’installent dans la région pour planter du café, notamment à Dogny, à Taïchen, au col d’Amieu et dans la vallée de Sarraméa. Ces colons développent des activités économiques assez conséquentes, investissent la commission municipale. Leur nombre de plus en plus important, notamment sur Sarraméa, amène le gouverneur à séparer cette région de la commune de La Foa. La commission municipale de Sarraméa est ainsi créée en janvier 1900. Les premières élections municipales y ont lieu en mai 1900 ;
Malgré la présence dans la colonie de plusieurs centaines de libérés du bagne, ces colons Feillet se heurteront à un important manque de main-d’œuvre. Pour y pallier, le gouvernement se tourne vers l’Indonésie. Le premier convoi d’engagés indonésiens arrivera à Nouméa en 1896. Sur la région d’Uaraï, ces travailleurs indonésiens seront, bien sûr, plus nombreux à Sarraméa mais sont également embauchés par des colons établis à Méaré, Pierrat et Dogny.

1910 : Les Japonais. Une maladie des caféiers, due à un champignon, l’hémiléïa vastatrix, provoque la ruine de plusieurs petits planteurs et concessionnaires et leur départ de la région. Des centres comme Tendéa, Farino et même Sarraméa se vident. Les propriétés sont rachetées par des Japonais, venus dans la colonie, à partir de 1892, comme travailleurs engagés dans les mines. À Sarraméa comme à Farino ou La Foa, ils se reconvertissent dans le commerce, la culture et l’élevage. Parvenus à des situations quelque fois florissantes, ils seront tous arrêtés en 1941, lors la seconde guerre mondiale, puis envoyés en internement en Australie. Leurs biens furent mis sous séquestres puis, après la guerre, revendus aux enchères.

Mme Banuelos et une troupe américaine
Mme Banuelos et une troupe américaine

La Grande Guerre (1914-1918). Plusieurs familles de La Foa, de Farino, de Sarraméa, qu’elles soient d’origine libre ou pénale, apporteront leur contribution la plus honorable en envoyant au front l’un de leurs fils. Certaines d’entre elles auront même trois, voire quatre des leurs enrôlés. Quelques familles indiennes verront également l’un des leurs partir au combat. Les tribus apporteront aussi leur contribution avec l’engagement volontaire de plusieurs kanak.

1940 : La Foa, fief du ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre. Le 19 septembre 1940, une importante délégation de Lafoyens participera aux manifestations et autres évènements qui se déroulent à Nouméa pour le rattachement de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre. Ce jour là, Henri Sautot, nommé gouverneur de la colonie par de Gaulle, est acclamé et le gouverneur intérimaire en poste, le colonel Denis, représentant Vichy, est arrêté, amené à La Foa et placé sous surveillance dans une chambre de l’hôtel Banu.

Présence américaine (1942-1945). Considérée comme stratégique, la région voit arriver, dès le mois d’avril 1942, d’importantes troupes américaines. L’hôtel Banu, réquisitionné, servira de P.C de campagne du général Patch. Un hôpital militaire est installé à Sarraméa, sur la propriété Fiori, tandis que la plaine de Oua Tom se transforme en base aérienne. Les vallées de Pierrat et de Pocquereux sont également investies. L’arrivée et l’installation des Américains sur la région est synonyme, pour les habitants, d’une relative aisance et d’un certain mieux-être. Tandis que certaines familles européennes obtiennent des contrats de fourniture ou de maintenance avec l’armée américaine, plusieurs ressortissants kanak sont enrôlés pour servir de guides ou d’auxiliaires.
Cette période est également marquée par l’opposition entre le gouverneur Sautot et le Haut-commissaire de la France Libre dans le Pacifique, l’amiral Georges Thierry D’Argenlieu. Une crise qui atteindra son paroxysme en mai 1942 avec l’arrestation, par D’Argenlieu, de quatre notables calédoniens. Le samedi 9 mai 1942, D’Argenlieu, en déplacement à La Foa, est arrêté par des partisans de Sautot et mis sous surveillance dans une chambre de l’hôtel Banu.

Les premiers électeurs kanak
Les premiers électeurs kanak

1947 : La première femme élue à la Commission municipale. Les premières élections municipales après-guerre sont organisées en mai 1947. Elles voient la participation des femmes et d’une première catégorie d’électeurs kanak (chefs, catéchistes, anciens combattants, employés administratifs). Sur l’ensemble de la colonie, deux chefs kanak sont élus (le grand chef Mandaoué, à Houaïlou et le grand-chef Graviné, à Canala). Deux femmes sont également élues, dont l’une à La Foa. Mme Siret fait désormais partie de la commission municipale, tandis que Mme Mercier est élue à Poya.

1961 : Municipalité de plein exercice. L’arrêté du 31 janvier 1961 permet une évolution du statut des Commissions municipales. Le président de la commission s’appelle désormais « le maire » et préside non plus une commission mais un « conseil municipal ».

1969 : Mise en place du F.I.P et instauration des subdivisions administratives. Cette date marque véritablement l’essor des municipalités de l’intérieur. La loi du 3 janvier 1969 leur apporte, en effet, des moyens financiers avec la création du fond intercommunal de péréquation (FIP). Le même texte prévoit la mise en place de quatre subdivisions administratives en Nouvelle-Calédonie, qui seront chargées de la tutelle administrative des communes. La Foa est alors choisie pour accueillir le siège de la subdivision sud.

Jerry Delathière
Historien, diplômé de l’Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris (EHESS-Paris)
Vice-Président de la Société d’Etudes Historiques de Nouvelle-Calédonie (SEH-NC).
Crédit iconographique : service des archives de la Nouvelle-Calédonie, Association MArguerite, Archives nationales américaines, archives privées.